Les prix littéraires

 

Avec l’automne, arrive la période des annonces des prix littéraires : qui a gagné le Goncourt, le Prix Renaudot ? Mais savez-vous les différences entre tous ces prix ? Moi non, alors j’ai fait des recherches que je vous partage.

 

Le prix Goncourt

L’origine de ce prix littéraire remonte à 1903. Ce sont Edmond et son frère Jules de Goncourt qui laissent un testament à Alphonse Daudet en 1896. Celui-ci est chargé de « constituer l’année de mon décès, à perpétuité, une société littéraire dont la fondation a été, tout le temps de notre vie d’hommes de lettres, la pensée de mon frère et la mienne et qui a pour objet la création ci-dessous :

-        D’un prix annuel de 5'000 francs destiné à un ouvrage littéraire ;

-        d’une rente de 6'000 francs au profit de chacun des membres de la société »

En 1903, la société est créée et le 1er prix est attribué à John-Antoine Nau pour Force ennemie.

 

Depuis 1903 plusieurs remaniements du règlement ont eu lieu. Notamment en 2008, dont les nouveautés sont :

-        les jurys ont l’interdiction d’être salarié dans une maison d’édition

-        les jurys perdent leur droit de vote à 80 ans pour éviter la critique de Jules Renard : « l’Académie des Goncourt me paraît malade : ça a l’air d’une maison de retraite pour vieux amis. »

 

Le prix Goncourt suscite vraiment la controverse. De nombreuses critiques entachent son fonctionnement :

-        ce sont surtout des hommes qui sont récompensés, 

-        il est parfois passé à côté d’auteurs majeurs du XXe siècle : André Gide, Colette, Guillaume Appolainaire, Jean-Paul Sartre, Albert Camus, Albert Cohen, Marguerite Yourcenar, par exemple,

-        les jurés sont souvent affiliés à des maisons d’édition et ont tendance à favoriser leurs auteurs. C’est pour éviter cette critique que le règlement a été modifié en 2008.

-        Les jurés ne sont pas tournant

Voici son fonctionnement : les membres du jury se retrouvent chaque premier mardi du mois dans leur salon au premier étage du restaurant Drouant à Paris. Le prix est attribué début novembre en alternance avec d’autres prix. Le prix Goncourt ne peut être attribué qu’une fois à un auteur. Mais nous savons bien que Romain Gary l’a reçu en 1956 et en 1975 sous le pseudonyme d’Emile Ajar. Il enverra donc son neveu recevoir le prix à sa place.

Une secrétaire générale est nommée et en chargée de transmettre aux membres du jury les ouvrages que lui envoient les éditeurs. Elle assiste à toutes les délibérations. Marie Dabadie, SG de 1998 à 2008 a participé au dépôt de la marque Goncourt et à la création d’un site internet.

 

Certains auteurs veulent le Goncourt, d’autres surtout pas. Jean-Louis Bory écrit « le grand public lit votre livre pour l’unique raison qu’il a reçu le Goncourt mais il ne lit pas vos livres suivants pour la bonne raison qu’ils ne l’auront pas. Les connaisseurs ne liront pas votre livre parce qu’il a eu le Goncourt et ne liront pas les suivants parce que le premier a eu le Goncourt. »

 

Une chose est certaine, la récompense du Prix Goncourt est un coup de pouce formidable aux ventes du livre. On avance que le gain pour l’éditeur serait de 3 millions d’euros dans les 8 semaines suivant l’obtention du prix.

 

Le prix Renaudot

Le prix Renaudot a été créé peu après le prix Goncourt en 1926. Ce sont des journalistes et critiques littéraires qui ont eu l’idée de créer ce prix en attendant les résultats de la délibération du jury du prix Goncourt. Le prix Renaudot doit son nom à Théophraste Renaudot, journaliste et médecin français du XVIIe siècle. L’annonce du lauréat se fait selon le même principe que le prix Goncourt : le 1er mardi de novembre au restaurant Drouant à Paris. Depuis 1992, existe le prix Renaudot des lycéens, le prix Renaudot de l’essai (2003), puis en 2009 le prix Renaudot du livre de poche.

 

Le prix du roman Fnac

Ce prix créé en 2002 récompense un roman français. Le jury se compose de 400 adhérents Fnac et 400 libraires de ce magasin. Fnac est aussi à l’origine du prix Goncourt des lycéens.

 

Le prix Femina

Ce prix a vu le jour en 1904 grâce à 22 collaboratrices d’un magazine de l’époque appelé « Vie heureuse » afin de marquer leur opposition au prix Goncourt jugé misogyne. Le jury est exclusivement féminin mais récompense une œuvre française écrite, soit par un homme, soit par une femme.

Le groupe Hachette racheta le magazine et proposa aux autres pays d’attribuer un prix similaire. Ainsi en 1920, l’Angleterre attribua le Femina-Vie Heureuse Prize. Par la suite, il prit le nom de prix Northcliffe.

En 1922, le prix devient prix Femina et le jury passe à 12 membres. La compétition est grande entre le prix Femina et le prix Goncourt pour l’annonce des résultats. Celui qui annonce le premier oblige le second à changer son lauréat. Un accord est donc trouvé et depuis 2000, l’ordre d’attribution des deux prix est en alternance.

Trois prix Femina sont actuellement attribués : le Femina, le Femina étranger et le Femina essai.

 

Prix Medicis

Le prix Medicis a été créé par Gala Barbisan et Jean-Pierre Giraudoux en 1958. Il récompense un roman, récit ou nouvelles dont l’auteur est débutant.

 

Le prix Interrallié

Ce prix a été créé en 1930 par une trentaine de journalistes. Ce prix est uniquement honorifique et ne s’accompagne pas de récompense pécuniaire. Actuellement le jury se compose de 10 journalistes ou écrivains et fait intéressant, le lauréat de l’année précédente rejoint le jury.

 

Prix Senghor du premier roman francophone ou francophile

Ce prix a été créé en 2006 pour récompenser de jeunes auteurs qui ont écrit une œuvre de beauté en valorisant la langue française. Ce prix se veut donc international, car on utilise le français tant au Québec que dans certains pays africains et dans les Dom-Tom. Le jury est aussi international et vient de Belgique, Québec, Guyane, France et des blogueurs ou blogueuses.

Ce prix rend hommage au poète-président sénégalais Léopold Segar Senghor qui était aussi membre de l’Académie française

 

Prix du livre européen

A été créé en 2007 par Jacques Delors, ancien président de la commission européenne. Il récompense un auteur de roman et d’essai qui affirme une vision positive de l’Europe, dont l’ouvrage a été publié dans l’année et dans les 28 pays formant l’Union européenne. Le jury se compose de journalistes correspondants permanents à Bruxelles. Chaque année le président du jury change. Chaque auteur reçoit 10'000 Euros. Le comité de parrainage choisit 5 livres et 5 essais et c’est le jury qui détermine le lauréat

 

Prix Nobel

Né en 1896, le prix Nobel compte 5 catégories : physique, chimie, paix, littérature, médecine en 1968  l’économie. Ce prix est le résultat des volontés testamentaires d’Alfred Nobel, inventeur de la dynamite, qui souhaitait récompenser ceux qui ont rendu un grand hommage à l’humanité.

 

Grand prix de l’Académie française

Ce prix est attribué par l’Académie française au « meilleur roman de l’année ». C’est le premier prix attribué dans l’année (en octobre). Il existe depuis 1914.

 

Prix Pulitzer

Le prix Pulitzer est un prix américain, voulu par Joseph Pulitzer à sa mort. Il est doté de 10'000 dollars et a été attribué depuis 1917. Il existe dans plusieurs catégories : journalisme, fiction, musique et littérature. C’est le président de l’Université Colombia qui annonce et décerne les prix sur recommandation du jury.

 

Prix ADELF-AMOPA

Cette association attribue de nombreux prix. Elle réunit depuis 1926 des écrivains de toutes origines qui écrivent en français. Pour chaque prix, un jury différent est nommé.

 

Sophie Colliex a reçu ce prix en 2015.

 

Et en Suisse, quels prix sont attribués ?

 

Prix Suisse de littérature

C’est l’Office fédéral de la culture qui est chargée d’organiser l’attribution des prix suisses de littérature. Ils remplacent depuis 2012 les prix Schillier.

Depuis 2013, huit œuvres sont récompensées et depuis 2014 deux Grand Prix suisses de littératures récompense des personnalités marquantes dans le domaine de la littérature suisse. Pour un prix suisse, les auteurs reçoivent 25'000 francs et 40'000 francs pour un Grand Prix suisse. Evidemment les œuvres primées sont écrites dans les 4 langues nationales.

Vous trouverez sur prixlitterature.ch des commentaires sur les oeuvres primées ainsi que des renseignements sur les auteurs

 

Le prix du public de la RTS

Depuis 1987, des auditeurs et auditrices attribuent un prix à un auteur vivant en Suisse.

 

L'Association du Prix George-Nicole

Le Prix George-Nicole a été créé par Maurice Chappaz, Jacques Chessex et Bertil Galland en souvenir de Georges Nicole en 1969. Georges Nicole fut un enseignant, critique littéraire qui encourageait ses élèves.

Le prix assure la publication de l’œuvre aux Editions de l’Aire et une enveloppe de 3'000.- CHF.

 

Le prix Bibliomedia

Ce prix est décerné par un jury bibliothécaires qui assument ensuite la promotion du livre dans les bibliothèques. Le lauréat se voit attribué une enveloppe de 5'000.- CHF et l’achat d’une centaine de livres qui sera distribuée dans les bibliothèques publiques. L’auteur doit être Suisse romand ou résider en Suisse Romande. Ce prix existe depuis 1979.

 

Et à Genève ???

Le prix SGE

La Société Genevoise des Ecrivais (SGE) récompense chaque année une œuvre d’un auteur genevois ou habitant le canton de Genève. Alternativement ce prix récompense un roman, une pièce de théâtre, un recueil de poèmes et un essai. Cette année, ce prix récompensera un essai. Ce prix se dote d’une récompense de 10'000 Francs.

 

Le salon du livre de Genève attribue plusieurs prix littéraires :

-        Le prix du public : ce prix a été lancé en 2017 et le jury se compose 9 personnes, homme ou femme, ami ou visiteur du salon du Livre. Ce sont les maisons d’édition qui proposent un de leur ouvrage. Le prix est doté de 5'000.-.

-        Le prix Ahmadou Kourouma. Ce prix est décerné depuis 2004 à une fiction ou un essai consacré à l’Afrique Noire.

-        Prix chronos : prix intergénérationnel organisé par Pro Senectute et Pro Juventute depuis 1997 : des livres sont proposés à des enfants de 10 à 12 ans et à des personnes âgées sur le thème de l’intergénération. Des rencontres sont organisées tout au long de l’année entre les juniors et les seniors.

-        Prix SPG : ce prix récompense depuis 2014 une première œuvre d’un auteur romand. Le président d’honneur de ce prix est Pascal Couchepin. Marc Voltenauer a reçu ce prix en 2016 pour le Dragon du Muveran.

 

 

Nous voyons de plus en plus souvent des bandes rouges sur les livres avec la mention du prix. Il existe des prix prestigieux et des moins connus. Je vous propose de m’envoyer vos découvertes de prix et je ferai un listing sur ce site internet.

J’ai découvert ce prix :

Prix orange du livre : le roman élu par des libraires, des écrivains et des lecteurs.

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Quel titre ?

Pour cette nouvelle petite enquête je désire vous emmener dans l’univers des titres des livres. Comment est choisi un titre ? les titres ont-ils tendances à devenir plus longs ? A quel moment l’écrivain choisit son titre ?

Voici quelques questions qui me tracassaient.

1. Identité

Le titre d’un livre est comme le prénom d’un bébé. Il lui donne son identité.

Ainsi depuis plusieurs générations, certains auteurs donnent un prénom à un titre de livre, le plus connu étant Marcel Pagnol avec ses bébés (non ses livres) appelés Marius, Fanny, Manon Jean de Florette. Ainsi Marie Laberge a choisi Gabrielle*, Adélaïde*, et Florent*. Tatiana de Rosnay a écrit Rose*, Paullina Simons Tatiana et Alexandre*, Luce et Célie*pour Roland Buti, Léon et Lucie*/Alex Capus et ainsi de suite. Et n’oublions pas Zorro* d’Isabel Allende et la fameuse Rebecca de Daphné du Maurier

2. Informer le lecteur

Le titre donne une information, aux futurs lecteurs, du contenu de l’ouvrage, il doit susciter la curiosité et donner envie de le lire. Il fait partie intégrante du livre, il est une promesse.

Ainsi « Coup de foudre à Seattle » nous fera imaginer un livre de romance. « 20 000 lieux sous les mers » nous indique le lieu où se déroule le récit.  Le charme discret de l’intestin*/ nous emmène dans les entrailles de notre corps pour découvrir comment il fonctionne, et avec « La fille de Brooklyn* » nous partirons aux Etats-Unis.

3. Susciter la curiosité du lecteur

Il semblerait que c'est Katherine Pancol qui a misé la première (en 2010) sur l’idée de susciter la curiosité à travers les titres de sa trilogie : les yeux jaunes des crocodiles*, la valse lente des tortues* et les écureuils de Central Park sont tristes le lundi*. Vous souvenez-vous d’autres titres « bizarres » ?

Voici ceux que j’ai trouvé dans notre bibliothèque :

Mémé dans les orties*, Demain j’arrête* (nous en avons parlé lors d'une soirée A livre ouvert). Je me suis toujours demandé ce que Gilles Legardinier arrête demain. De fumer, de manger, de rêver, de critiquer ? n’ayant pas lu livre, je ne sais pas. Et vous ?

Les poissons ne connaissent pas l’adultère*/Carl Aderhold, Entre le Chaperon rouge et le loup, c’est fini* Katarina Mazetti

4. A quel moment l'auteur trouve le titre de son livre ?

Pour Corinne Jaquet, elle a « le plus souvent le titre en tête dès le début de l’écriture ». Pour Sophie Colliex, pour son premier roman, « le titre a été trouvé assez tôt dans l’écriture de ce roman qui a duré plusieurs années ».

Pour le second, le titre lui est venu plutôt vers la fin. Sophie est « sensible aux sonorités des mots. « Les syllabes nasales du mot Incandescent «(in, an) me séduisaient. », elles donnaient à ce mot beaucoup d’intensité. Sa signification « rendu lumineux sous l’effet d’une forte chaleur » reflétait si parfaitement l’état d’esprit de ce jeune marin amoureux, éveillé lorsque tout le monde dort, ce mot a été une évidence, il m’a été impossible d’en imaginer un autre ».

5. Titres dans une autre langue

Certains auteurs donnent des titres dans une autre langue, surtout en anglais. Pour étayer cette affirmation, j’ai trouvé ces livres dans notre bibliothèque : Daisy sisters* / Henri Mankell, Faith* / Peter James, Room* / Emma Donoghue (dont nous avons parlé lors d’une soirée à Livre ouvert), City of fire*, Shadowman*, Lost* / Joy Fieldins, Stand by* (parlé lors d’une soirée à Livre ouvert),Empire State*/Henry Porter, Summer* / Monica Sabolo, etc, etc.. Je n’ai pas trouvé de titre en allemand ou en japonais, mais je pense que cela doit aussi exister.

6. La longueur des titres

Les titres deviennent-ils plus longs ces dernières années ?

Que pensez-vous de la longueur de ces titres ? La dernière réunion des filles de la station-service* /Fannie Flag ou Ta deuxième vie commencera quand tu comprendras que tu n’en as qu’une* / Raphaëlle Giordano ou Petits arrangements avec la cinquantaine * /Minou Azoulai ou Les cinq personnes que j’ai rencontrées là-haut* /Mitch Albom.

Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire*, L’extraordinaire voyage du Fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikéa* / Romain Puértolas qui a récidivé avec La petite fille qui a avalé un nuage grand comme la Tour Eiffel*, La manufactures des chaussettes inusables*, Vilaine, l’histoire vraie d’une enfant haïe par sa mère /Constance Briscoe.

Mais pourquoi vouloir rallonger le titre ? C’est une manière de se démarquer des autres livres, c’est une stratégie marketing. Mais est-ce que cela fonctionne ? Fermez les yeux : vous rappelez-vous le titre exact d’un des livres cités précédemment ? Pas facile n’est-ce pas ?

Et les titres les plus courts sont parus en 2012 : 14 / Jean Echenoz et Oh / Philippe Dijan.

7. Les pays ou villes comme titre

Les auteurs utilisent aussi la ville ou le pays où se passe le livre comme titre. Tokoy* / Mo Hayden, Nagasaki* / Eric Faye ou Irlande* /Frank Delaney, Chicago* /Alaa El Aswan ou comme Sophie Colliex qui a raconté l’histoire de L’enfant de Mers el-Kébir*. Comme « je racontais l’histoire d’un enfant à Mers el-Kébir, et je n’ai pas pu imaginer lui en donner un autre (je n’y ai pas pensé à vrai dire ». Pour son deuxième roman Nuits incandescentes*, elle nous raconte « Pendant l’écriture je pensais le Marin de Bizerte mais je n’en étais pas satisfaite, la symétrie avec le titre de mon premier roman me dérangeait. Ce titre est venu une nuit, lorsque j’ai compris que mon héros et moi partagions la même insomnie et la même fièvre d’écrire ».

7. Les chiffres dans les titres

Vous rappelez-vous ce titre bizarre de Frédéric Beigbeder 99F ? Ou Ma ligne 13* / Pierre-Louis Basse,  80 étés* / Jeanne Henri. Mais le plus bizarre est IQ84* / Haruki Murakami. Il y a aussi 33 rue des Grottes* / Lovlé Tillmann, Enfant 44*/ Tom Rob Smith, Le numéro 7* /Martin Winkler, Le 31 du mois d’août* / Laurence Cossé, Le huit* / Katherine Neville.

9. Titres récurrents

J’ai découvert que Lilian Jackson Braun a écrit de nombreux livres (de 1966 à 2007) tous appelés « Le chat », Le chat qui jouait au postier, le chat qui volait une banque. Nous en avons un certain nombre dans notre bibliothèque.

 10. Titres identiques

Existe-t-il deux titres identiques pour plusieurs livres ? Oui, Central Park* / Guillaume Musso a un homonyme qui est paru en 1982 et a été écrit par Stephen Peter. Marc Dugain a choisi un titre qui a été choisi par 7 autres auteurs « Emprise ».

J’ai même lu qu’en 2011, fait très rare en France, deux romans paraissent avec le même titre à une semaine d’intervalle. Il s’agit de « Les petits » écrit par Christine Angot et Frédérique Clémençon.

Corinne Jacquet nous raconte : « ... j’avais une histoire à raconter que je voulais nommer « Le désespoir des singes » (c’est un arbre) et en allant sur internet, j’ai vu que l’expression a été utilisée plusieurs fois pour des titres. D’ailleurs, j’ai fini par ne pas écrire l’histoire… pas pour ça, mais c’est amusant d’y penser ».

 

Voilà quelques réflexions sur les titres et si vous avez d’autres idées, n’hésitez pas à nous contacter pour compléter cette petite enquête.

Mais je ne veux pas terminer cette petite enquête sans vous parlez de ce livre intitulé Le livre sans nom* écrit par  Anonyme. Ce livre est l’antithèse de tout ce que je viens de vous parler sur le titre des livres : ce livre n’a pas de nom et l’auteur n’a pas de nom, non plus. Et savez-vous que ce livre se trouve dans notre bibliothèque ?

 

 

 

Vous trouverez les livres suivis du * dans notre bibliothèque.

 

 

Je remercie Sophie Colliex et Corinne Jaquet (www.corinnejaquet.ch) pour leur participation qui rend cette enquête plus vivante.

  

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Les Pseudonymes

Depuis que nous parlons des livres d’Elena Ferrante, je me suis interrogée sur l’utilisation des pseudonymes.

Cette pratique n’est pas nouvelle. Nous avons tous en mémoire Romain Gary et Emile Ajar ou … et Georges Sand.

Mais qu’est-ce qui pousse un auteur à prendre un pseudonyme ?

  • La société

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, une femme n’écrivait pas. Georges Sand (de son vrai nom Amantine Aurore Lucile Dupin) n’adopte pas seulement un pseudonyme mais elle s’habille en homme également afin de pouvoir avoir accès à des lieux interdits aux femmes.

Charlotte Brönté a adopté le pseudonyme Currer Bell sous lequel elle publiera entre autre Jane Eyre et Daniel Stern est le pseudonyme de Marie d’Agout.

  • La mode

Quand l’éditeur a demandé à Lev Tarassov de se trouver un nom plus français pour que son roman soit publié, il est devenu Henri Troyat. Ou pour se donner un genre plus américain, à la mode en 1940, Boris Vian devient Vernon Sullivan.

  • La pression familiale

Tel ne voulait pas être pris pour le fils à papa, ou nuire à la famille qui porte son nom ou à leur fonction dans l’Etat, tel Erik Arnaud (conseiller de François Mitterand) qui a pris le nom de plume d’Erik Orsenna ou Alexis Leger, diplomate français qui a pris le nom de Saint-John Perse pour écrire. Henri Beyle choisit de s’appeler Stendhal (ou de nombreux autres noms) par haine de son père. Et la Comtesse de Ségur profite de nom de son époux pour échapper à son nom de jeune fille (Rostopchine qui a incendié la ville de Moscou en 1813). Emmanuel Carrère simplifie son nom afin de ne pas être perçu comme le fils d’Hélène Carrère d’Encausse.

  • Le besoin de connaître sa valeur

C’est le cas de Stephen King qui voulait vérifier s’il pouvait connaître le même succès sous le nom de Richard Bachman. Ou cela permet à l’auteur d’écrire dans deux styles différents sans risquer ne plus être aimé par son public. C’est le cas de Claude Klotz qui écrit des romans policiers et fantastique et qui devient Patrick Cauvin quand il écrit des livres plus doux et romanesque comme Villa Vanille ou E =m 2 mon amour.

  • Pour des raisons de sécurité

Pendant la résistance, par exemple, les écrivains avaient tous des noms d’une région de France comme pseudonyme. François Mauriac a publié sous le nom de Forez, par exemple.

Mohammed Moulessehoul a écrit sous plusieurs pseudonymes pendant 11 ans pour éviter le Comité de censure militaire d’Algérie. Puis il réunit les deux prénoms de son épouse et Yasmina Khadra est publié en Europe en 1997. Mais la véritable identité de l’auteur ne sera connue qu’en 2001. Dans une monde arabo-musulman, porter un pseudonyme féminin est courageux et témoigne de son soutien à l’émancipation de la femme musulmane.

Couac au Prix Goncourt

L’écrivain Romain Gary de son vrai nom Romain Kacev obtint une première fois le prix Goncourt en 1956 puis une seconde fois sous le pseudonyme Emile Ajar en 1975 alors qu’un auteur n’est pas autorisé à recevoir ce prix plus d’une fois. La supercherie ne sera découverte qu’après sa mort.

 

De nos jours, les pseudonymes sont encore d’actualité.

JK Rowling

L’auteur de la sage Harry Potter écrit des enquêtes policières sous le nom de plume de Robert Galbraith. Ses raisons sont triples :

  • Elle désire prendre un nouveau départ et ne veut plus être associée à Harry Potter

  • Elle a toujours désirer s’appeler Ella Galbraith et le choix de Robert comme prénom rend hommage à Robert F. Kennedy qu’elle admire beaucoup.

  • Elle croit au potentiel de Robert Galbraith

Son nouveau héro, Strike Cormoran, est un écorché de la vie amputé d’une jambe et détective privé. Elle a déjà écrit 3 livres sous ce pseudonyme : L’appel du coucou, Le verre à soie et La carrière du mal.

  

Quand la véritable identité de l’auteur de L’appel du coucou est connue, les ventes font une envolée spectaculaire : chez Amazon le livre passe de la 5076e place à la 1ère place en moins de 24heures. Une affaire en or ! Mais JK Rowling assure que deux chaînes de télévisions étaient intéressées par son livre bien avant de connaitre son identité.

 

Et Elena Ferrante ?

Et le cas Elena Ferrante. Qu’en est-il ? Est-ce un pseudonyme ou son vrai nom ? Voici un petit résumé de ce mystère.

Qui est la personne qui écrit sous le nom de plume Elena Ferrante ? Cette question est restée sans réponse depuis plus de 20 ans. Qui est-elle ? Nul ne le sait, car l’auteur a posé des conditions à sa publication : aucune interview ni aucune photo car elle pense que les livres doivent vivre pour eux-mêmes non grâce à un auteur.

Son premier roman est paru en 1992 (L’amour harcelant) fut suivi en 2002 d’un autre (Les jours de mon abandon) puis vient la tétralogie commencée en 2004 L’amie prodigieuse, suivi de Le nouveau nom, dont le 3e roman vient de sortir (Celle qui fuit et celle qui reste). Le dernier tome est sorti en italien et est en voie de traduction. Ces livres ne sont pas uniquement un succès en Italie mais sont traduits dans une quarantaine de langues

Mais le mystère de la véritable identité de l’auteur a titillé les journalistes à qui elle a juste dit être une mère de famille napolitaine, née en 1943. Récemment, un journaliste a comparé les revenus de la traductrice de la maison d’édition, Anita Raja et la sortie des livres. Il en a déduit que cette femme est Elena Ferrante. Cette information n’a été ni certifiée ni démentie soit par Anita Raja elle-même soit par la maison d’édition. Certains confrères s’indignent de cette ingérence dans la vie privée mais tout le monde a lu son article avec intérêt.

Une start-up valaisanne a même mathématisé le style littéraire pour en déduire que les deux premiers romans n’ont pas été écrits par la même main que la tétralogie. Et que la tétralogie a été écrite par Domenico Starnone, en couple avec …. Anita Raja !

Mais finalement qu’est-ce qui importe le plus pour nous lecteur ou lectrice ? Lire un bon roman d’un auteur anonyme ou inconnu ou qui utilise un pseudonyme ou lire un roman moyen ou mauvais d’un auteur célèbre ?

 

Je vous laisse répondre à cette question…

 

Quelques pseudonymes célèbres :

Patrick Sébastien a écrit un livre sous le nom de Joseph Lubsky

Boris Vian est devenu Vernon Sulllivan

Patrick Cauvin est le pseudonyme de Claude Klotz

Julien Gracq est le pseudonyme de Louis Poirier

Lewis Carroll est le pseudonyme de Charles Lutwidge Dogson

Michel Houellebecq, pseudonyme de Michel Thomas

Daniel Pennac, pseudonyme de Daniel Pennacchioni

San Antonio, pseudonyme de Frédéric Dard

Vous avez des questions, des remarques, vous voulez nous faire part de votre avis ou de votre expériense, vous pouvez nous envoyer un mail.

 Myriam Charpilloz

L'énigme "Richard Castle"

Cela fait plusieurs fois que l’énigme « Richard Castle » a été évoquée autour de la table de Bouillon de Lecture. Voici enfin le point sur la situation :

Le nom de Richard Castle est bel et bien celui d’un personnage de série télévisée.

Cette série policière que l’on peut voir depuis quelques années sur différentes chaînes, raconte l’histoire d’un écrivain - de son vrai nom Richard Rodgers – qui travaille aux côtés de la police newyorkaise afin de se documenter pour l’écriture de ses livres.

A l’écran, celui qui lui a donné son visage s’appelle Nathan Fillion.

Dans le cadre de la série, le personnage de Richard Castle est présenté comme l’auteur de différents ouvrages répartis en deux séries. La première, baptisée « Derrick Storm » comprend cinq titres.

La seconde met en scène une certaine Nikki Heat (Nikki Hard dans les épisodes traduits en français) qui n’est autre que la copie romanesque de la policière avec qui Castle passe ses journées (et bientôt ses nuits, mais ça, il faut suivre la série pour comprendre). On entend souvent citer les titres de « Mort brûlante » ou encore « Vague de chaleur » au hasard des épisodes.

Les créateurs de la série ont eu l’idée astucieusement commerciale, depuis quelques années, d’accrocher les fans de la série au travers de romans portant les titres de ceux du personnage et véritablement publiés en librairie. Ils ont poussé l’audace jusqu’à illustré le 4e de couverture avec la photo de Nathan Fillion, l’acteur qui est Castle à l’écran.

Le mystère

Cette idée de marketing et de fidélisation est hors du commun. Plusieurs journalistes ont déjà cherché à savoir qui se cachait réellement derrière le masque de Richard Castle. Jusqu’ici – d’après nos recherches – on ne le sait toujours pas. Un seul indice, le vrai auteur est déjà apparu dans un épisode. Mais quand on sait que dans la trame de la série, Richard Castle joue régulièrement au poker avec de grands auteurs (qui jouent leur rôle !) comme Michael Connelly, James Patterson, Dennis Lehane ou encore Stephen J. Cannell, on peut soupçonner l’un d’entre eux ou tout imaginer.

Il existe même une page Facebook lançant un concours sur la vraie identité de l’auteur de « Vague de chaleur ».

L’enquête continue donc…

Si vous avez des indices à nous communiquer, n'hésitez pas!

Corinne Martin-Jaquet

 

Bibliographie :

- Avis de Tempête (série Derrick Storm)

- Vague de chaleur (Heat Wave)

L'inspecteur Nikki Heat enquête sur la mort d'un magnat de l'immobilier ruiné par la Crise et jeté depuis le balcon de son appartement. Le journaliste Jameson Rook la suit à la demande de ses supérieurs. Leur relation devient progressivement beaucoup moins professionnelle.

- Mise à nu / Nikki à nu (Naked Heat)

Depuis que l'article de Rook est sorti, Nikki Heat, furieuse, s'efforce de l'éviter mais lorsqu'elle le découvre sur une de ses scènes de crime, elle doit bien accepter, contrainte et forcée son assistance : la journaliste spécialisée dans tous les vilains petits secrets des célébrités new-yorkaises a été horriblement torturée avant d'être assassinée et Rook vient de passer plusieurs semaines à la suivre quotidiennement.

- Froid d'enfer / La fièvre persiste (Heat Rises)

- Cœur de glace (Frozen Heat)

- Mort brûlante (Deadly Heat) est paru le 13 septembre 2013 pour la version anglaise, le 2 octobre 2013 pour la traduction en français.

 

On trouve encore en librairie

 

- Mort d’une reine de promo (Death of a Prom Queen)

- Des fleurs pour ta tombe (Flowers For Your Grave)

- Pas de furie en enfer (Hell Hath No Fury)

- Une rose pour l'éternité (A Rose for Everafter)

- Le tueur n’aimait pas le son

- La forêt des tombes sanglantes (When It Comes to Slaughter)